Quand vous vendez un bien immobilier qui n’est pas votre résidence principale, le gain réalisé est en principe taxé. Plus vous gardez le bien longtemps, plus la plus-value immobilière imposable diminue, grâce à un abattement pour durée de détention. Ce mécanisme joue de façon différente selon l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux, ce qui explique les deux seuils que l’on entend souvent : 22 ans et 30 ans.
L’abattement pour durée de détention : définition et fonctionnement
L’abattement pour durée de détention réduit la plus-value imposable en fonction du nombre d’années écoulées entre l’achat et la vente. Il ne commence à jouer qu’à partir de la sixième année de détention. Les cinq premières années ne donnent droit à aucune réduction, quelle que soit la nature du bien (appartement, maison, terrain à bâtir, immeuble locatif).
Cet abattement s’applique séparément à deux taxations : l’impôt sur le revenu, prélevé à 19 %, et les prélèvements sociaux, qui s’élèvent à 17,2 % (CSG-CRDS comprise). Chacun a son propre barème d’abattement, donc sa propre date d’exonération. Le tableau ci-dessous les compare.
| Durée de détention | Impôt sur le revenu (19 %) | Prélèvements sociaux (17,2 %) |
|---|---|---|
| Jusqu’à 5 ans | 0 % | 0 % |
| De la 6e à la 21e année | 6 % par an | 1,65 % par an |
| 22e année | 4 % (total de 100 %) | 1,60 % |
| De la 23e à la 30e année | Exonération totale | 9 % par an |
| Au-delà de 30 ans | Exonération totale | Exonération totale |
Le barème pour l’impôt sur le revenu
Pour l’impôt sur le revenu, l’abattement est de 6 % par année de détention au-delà de la cinquième, jusqu’à la vingt et unième année. On atteint alors 96 %. La vingt-deuxième année ajoute 4 %, ce qui porte l’abattement à 100 % : après 22 ans de détention, la plus-value n’est plus soumise à l’impôt sur le revenu.
Le barème pour les prélèvements sociaux
Pour les prélèvements sociaux, la progression est plus lente. L’abattement est de 1,65 % par an de la sixième à la vingt et unième année, puis de 1,60 % la vingt-deuxième année, soit 28 % cumulés. De la vingt-troisième à la trentième année, il grimpe à 9 % par an, ce qui mène à l’exonération complète après 30 ans de détention.
La durée se compte de date à date, à partir de l’acquisition. Une vente au bout de 21 ans et 11 mois est donc traitée comme une vente à 21 ans révolus.
Entre 22 et 30 ans : plus d’impôt, mais encore des prélèvements
L’erreur classique consiste à croire qu’après 22 ans la vente est totalement libre de taxation. Il reste alors des prélèvements sociaux à payer sur une partie de la plus-value, jusqu’à la trentième année.
Rappel : la plus-value immobilière et son calcul
La plus-value brute est la différence entre le prix de cession et le prix d’acquisition. Ces deux montants sont retraités avant tout calcul. Du prix de vente, on retire certains frais liés à la vente, comme les diagnostics obligatoires à la charge du vendeur. Le prix d’acquisition, lui, est majoré des frais d’acquisition et des travaux.
Pour les frais d’acquisition (droits de mutation, honoraires du notaire), vous pouvez retenir soit les frais réels sur justificatifs, soit un forfait de 7,5 % du prix d’achat. Pour les travaux, un forfait de 15 % du prix d’acquisition est possible si le bien est détenu depuis plus de cinq ans. Sinon, il faut fournir les factures d’entreprises, car les travaux réalisés par vous-même ne sont pas retenus.
Exemple chiffré
Prenons un appartement locatif acheté 200 000 € il y a 16 ans et vendu 300 000 €. Avec les forfaits, le prix d’acquisition corrigé est de 200 000 + 15 000 (7,5 % de frais) + 30 000 (15 % de travaux), soit 245 000 €. La plus-value brute atteint 55 000 €.
Seize ans de détention donnent 11 années d’abattement (de la 6e à la 16e). Côté impôt sur le revenu, l’abattement est de 66 % : la plus-value imposable tombe à 18 700 €, soit 3 553 € d’impôt à 19 %. Côté prélèvements sociaux, l’abattement est de 18,15 % : la base est de 45 017 €, soit environ 7 743 € à 17,2 %. Au total, la taxation avoisine 11 300 €, contre plus de 19 900 € sans aucun abattement.
Autres abattements et exonérations de plus-value immobilière

La première exonération, et de loin la plus courante, concerne la résidence principale : la vente est exonérée de plus-value, sans condition de durée. D’autres cas existent, à examiner au cas par cas avec votre notaire :
- la vente d’un bien de moins de 15 000 € (seuil apprécié par cession) ;
- la première cession d’un logement autre que la résidence principale, si vous n’avez pas été propriétaire de celle-ci durant les quatre années précédentes et que le produit est réinvesti dans l’achat de votre résidence principale sous 24 mois ;
- la vente par un retraité ou un titulaire d’une pension d’invalidité aux revenus modestes, sous plafond de revenu fiscal de référence ;
- la cession à la suite d’une expropriation, sous conditions de remploi.
Il existe aussi des abattements exceptionnels, cumulables avec l’abattement pour durée de détention. Ils concernent par exemple la vente à un organisme de logement social, ou la cession d’un terrain ou d’un immeuble destiné à être démoli puis reconstruit dans certaines zones tendues. Leurs taux (70 % ou 85 % selon le cas) et surtout leurs dates limites évoluent avec les lois de finances : vérifiez les conditions en vigueur avant de signer la promesse de vente.
Enfin, quand la plus-value imposable à l’impôt sur le revenu dépasse 50 000 €, une surtaxe de 2 % à 6 % s’ajoute. Elle se calcule sur la plus-value déjà réduite par l’abattement, ce qui prouve une nouvelle fois l’intérêt de la durée de détention.
Déclaration et paiement de la plus-value
Dans la plupart des ventes, le notaire s’occupe de tout. Il calcule la plus-value à partir des éléments que vous lui fournissez (acte d’achat, factures de travaux, dates), remplit la déclaration spécifique de plus-value et prélève l’impôt sur le prix de vente. L’impôt est payé le jour de la signature de l’acte, ce qui évite tout paiement différé.
Vous devez tout de même mentionner la cession dans votre déclaration de revenus du printemps suivant, en indiquant le montant de la plus-value imposable. Si le bien est exonéré (résidence principale par exemple), le notaire n’a rien à prélever, mais l’exonération doit avoir été justifiée lors de la vente.
Pour gagner du temps, rassemblez en amont l’acte d’achat, les factures de travaux et les justificatifs de frais. Ces pièces conditionnent le calcul du prix d’acquisition, donc le montant final de la taxation. Un dossier bien préparé peut réduire l’impôt de plusieurs milliers d’euros par rapport aux forfaits.
Les taux et seuils évoluent parfois avec les lois de finances et de financement de la sécurité sociale. Avant une vente importante, faites confirmer les chiffres par votre notaire ou auprès de l’administration fiscale.



